L’insuffisance rénale chronique (IRC) est une pathologie qui touche malheureusement de plus en plus de chats et de chiens.

L'insuffisance rénale chronique est le mauvais fonctionnement des reins sur une période de 3 mois minimum.

De façon simplifiée, les reins sont les filtres du sang. Les problèmes rénaux ne sont donc pas à prendre à la légère puisque dans le cas de l’insuffisance rénale chronique (IRC), les reins ne font plus correctement leur travail de filtration du sang indispensable à l’organisme.

Quels sont les symptômes de l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez le chien et le chat ?

Les symptômes visibles de l’insuffisance rénale chronique (IRC) :

Il n’y a pas toujours de symptômes visibles de l’insuffisance rénale chronique (IRC). En revanche quand ils le sont, on peut observer les symptômes suivants :

  • Gonflement de parties du corps (yeux, pattes)
  • Perte de muscles
  • Détérioration du poil
  • Changement dans la fréquence des urines
  • Urine mousseuse, avec du sang, ou de couleur brune
  • Ulcères
  • Perte d’appétit
  • Vomissement

Malheureusement, la plupart du temps, ces symptômes sont en réalité causés par une insuffisance rénale sévère.

Le diagnostic de l’insuffisance rénale chronique (IRC) :

Tudes de sang en attente d'analyse

Pour diagnostiquer de façon formelle l’insuffisance rénale chronique (IRC), il faut procéder à des analyses. L’insuffisance rénale est caractérisée par :

  • Une diminution du débit de filtration glomérulaire (DFG)
  • Et une présence d’albumine dans les urines (albuminurie).

On dit que l’insuffisance rénale est chronique quand ces symptômes sont confirmés sur une période minimum de 3 mois.

« Elle (l’insuffisance rénale chronique) est définie comme une détérioration structurelle ou fonctionnelle d’un ou des deux reins présente pour plus 3 mois approximativement. »  Joseph W. Bartges

Un chien ou un chat ne peut donc pas être déclaré comme souffrant d’IRC avec une seule analyse. Il faut obligatoirement procéder à une 2ème analyse 3 mois plus tard pour confirmer ou non l’IRC.

En revanche, les analyses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le penser. Si l’albuminurie est très facilement mesurable avec une simple analyse d’urine, le débit de filtration glomérulaire (DFG) doit aussi être estimé. Pour cela, on peut utiliser plusieurs méthodes. On peut l’estimer en mesurant la clairance de différentes substances comme la créatinine, l’inuline, ou encore l’acide aminohippurique (PAH).

Le plus souvent les vétérinaires mesurent le taux plasmatique (sanguin) de créatinine pour confirmer ou non une insuffisance rénale. La créatinine est une substance naturellement présente dans le sang et qui doit être évacuée par les reins.

Le rounevellement musculaire provoque une production de créatinine qui se retourve dans le sang et qui est évacué par les reins

La créatinine est en réalité le produit de la dégradation des protéines musculaires. De façon schématisée, lorsqu’un chien ou un chat « entretient » ses muscles en remplaçant certains « morceaux », ces vieux morceaux se retrouvent dans le sang sous la forme de créatinine en attendant leur évacuation. Plus les reins fonctionnent bien, plus ils sont capables d’évacuer rapidement ces vieux « morceaux » de muscles (créatinine).

Dans le cas d’un dépistage de l’insuffisance rénale, il faudrait idéalement prendre en compte que le taux de créatinine peut être plus ou moins élevé si le corps en produit plus ou moins. En effet le taux de créatinine peut varier en fonction de la production de muscles.

Le plus important dans le dépistage est plutôt de déterminer la capacité des reins à évacuer la créatinine (clairance de la créatinine), représentatif du débit de filtration glomérulaire (DFG). En effet, un taux plasmatique de créatinine un peu élevé ne veut absolument pas dire que votre chien ou votre chat est atteint d’insuffisance rénale si le DFG est bon. C’est la raison pour laquelle la publication scientifique « An overview of glomerular filtration rate testing in dogs and cats » nous précise la chose suivante :

« Pour les patients avec une concentration plasmatique de créatinine dans les limites hautes des valeurs de références des laboratoires ou légèrement supérieures, la mesure du DFG permet aux praticiens de déterminer avec plus de confiance si oui ou non l’insuffisance rénale est présente. » Vanessa E. Von Hendy-Willson, Barrak M. Pressler, 2012.

Pour apprécier le DFG chez les chiens et les chats, il ne faut donc pas se contenter de mesurer le taux plasmatique de créatinine. Il faudrait, idéalement, estimer le DFG à l’aide d’une formule prévue à cet effet. Depuis peu, le laboratoire IDEXX propose le test de SDMA (symmetric dimethylarginine) qui permet d’évaluer le DFG de façon plus précise. En effet la SDMA est une substance excrétée uniquement par les reins. L’avantage c’est que, contrairement à la créatinine, la SDMA ne varie pas en fonction de l’état corporel (masse musculaire), le vieillissement et l’état pathologique. Vous comprendrez l’utilité de ce test de SDMA en lisant le témoignage suivant : Témoignage Adriana LEGGIO

Quelles sont les causes de l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez le chien et le chat ?

Trop de protéines provoque-t-il de l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez le chien et le chat ?

C’est un des arguments le plus souvent avancé par les gens qui vendent des croquettes avec très peu de viandes. En effet, selon certains, une croquette contenant « trop » de protéines provoquerait de l’insuffisance rénale chronique (IRC) en augmentant de façon chronique la pression glomérulaire et l’hyperfiltration.

Pour commencer, à notre connaissance, aucune croquette sur le marché contient « trop » de protéines. Trop de protéines serait un taux supérieur à ce que peut consommer un chien ou un chat en mangeant des proies naturelles.

Un poulet = 54% de protéines à 8% d'humidité

Si on prend l’exemple du poulet avec une équivalence de 8% d’humidité comme une croquette, il contient au maximum 54% de protéines.

Une souris = 51% de protéines à 8% d'humidité

Si on prend l’exemple d’une souris avec une équivalence de 8% d’humidité, elle contient au maximum 51% de protéines.

Un lapin = 65% de protéines à 8% d'humidité

Le lapin, faisant partie des proies naturelles contenant le plus de protéines, nous donne un impressionnant 65% de protéines à 8% d’humidité.

Par comparaison, nos croquettes Référence chien et chat contiennent 52% de protéines. On peut alors se demander en quoi des taux de protéines légèrement inférieurs à des proies des chiens et des chats serait responsables de l’insuffisance rénale chronique. Ce que nous disent certaines personnes ici, c’est qu’un régime naturel à base de viandes provoquerait chez les chiens et les chats (qui sont des carnivores rappelons-le) de l’insuffisance rénale chronique (IRC).

En réalité, la teneur en protéines des croquettes n’est en rien la cause de l’insuffisance rénale chronique (IRC). L’étude de Lacroix et al. de 2004 a étudié les effets d’un régime à 50% de protéines sur la fonction rénale des rats. Les résultats n’ont montré aucun déclin de fonction rénale. L’étude de Collins et al. de 1990 n’a pas non plus observé un quelconque effet néfaste d’un régime haut en protéines (60% de protéines) sur des rats après 2 ans de consommation. L’étude la plus intéressante reste l’étude « Long-term renal responses to high dietary protein in dogs with 75% nephrectomy. » de Robertson et al. publiée en 1986. Cette étude a étudié la réponse rénale de chiens ayant subi une ablation des reins à hauteur de 75% sous des régimes à 19%, 27% et 56% de protéines. Après 4 ans, les chiens nourris avec 56% de protéines ne montraient aucune diminution du débit de filtration glomérulaire (DFG), et présentaient même un DFG supérieur à ceux nourris avec un régime à 19% de protéines :

« Les plus hauts DFG et clairances d’acide aminohippurique (PAH) étaient présents chez les chiens nourris avec plus de protéines avant l’ablation rénale et ont persisté pendant les 4 ans sans aucune tendance de détérioration » Robertson et al. 1986.

Même chez l’homme qui est, quand même, moins carnivore que le chien ou le chat, l’apport en protéines n’est pas une cause significative d’insuffisance rénale chronique (IRC). En effet, dans l’article « High-protein diets are not hazardous for the healthy kidneys » publié dans le journal « Nephrology Dialysis Transplantation », l’auteur Anssi H. Manninen dit la chose suivante :

« …il n’y a aucune preuve scientifique montrant que les régimes élevés en protéines sont dangereux pour les reins en bonne santé. De plus, les exemples du monde réel, supportent cette affirmation puisque les problèmes rénaux liés à la consommation de protéines sont essentiellement inexistant dans la communauté des bodybuildeurs dont la consommation extrêmement élevée de protéines est la norme depuis plus d’un demi-siècle. » Anssi H. Manninen; High-protein diets are not hazardous for the healthy kidneys, Nephrology Dialysis Transplantation, Volume 20, Issue 3, 1 March 2005, Pages 657–658.

Après analyse de toutes les preuves scientifiques disponibles sur le sujet, William F Martin et al. concluent :

« Alors que la restriction en protéines peut être appropriée pour le traitement d’une insuffisance rénale chronique existante, nous n’avons pas trouvé de preuve significative d’un effet nuisible d’une haute consommation de protéines sur la fonction rénale de personnes en bonne santé après des siècles de régime occidental haut en protéine. » William F Martin et al. 2005.

L’humidité est-elle en cause pour l’insuffisance rénale chronique (IRC) ?

Les boites protègent-elles de l'insuffisance rénale

On entend souvent dire que l’insuffisance rénale chronique (IRC) est causée par une mauvaise hydratation qui serait liée, selon certains, à la consommation d’une alimentation sèche de type croquette. En réalité, c’est complètement faux. Que les chiens ou les chats soient sous-hydratés ou sur-hydratés, ils sont tout autant touchés par l’insuffisance rénale chronique (IRC). C’est ce que démontre l’étude de N.C. Finch et al. « Determination of Extracellular Fluid Volume in Healthy and Azotemic Cats » publiée en 2015 dans le « Journal of Veterinary Internal Medicine » :

« Cette étude n’a identifié aucune différence significative de volume de fluide intracellulaire entre les chats azotémiques (qui ont une présence d’urée dans le sang trop importante) et non-azotémiques (qui ont un taux d’urée dans le sang normal), suggérant qu’une perte de fluide ou un volume de fluide excessif n’est pas une caractéristique clinique importante pour les chats souffrant d’insuffisance rénale chronique (IRC) modérée. »

D’ailleurs, en prenant un peu de recul, on peut se dire que si les insuffisances rénales étaient causées par une alimentation sèche, les Hommes ne seraient pas atteints par cette maladie puisque nous ne consommons pas de croquettes. Or bien entendu, l’insuffisance rénale chronique (IRC) nous touche tout particulièrement.

Trop de phosphore provoque-t-il de l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez le chien et le chat ?

Selon certains, la surconsommation de phosphore serait, avec la « surconsommation » de protéines, la cause de l’insuffisance rénale chronique (IRC). L’étude “Observation about phosphorus and protein supply in cats and dogs prior to the diagnosis of chronic kidney disease” (2018) a justement eu pour but « d’obtenir des informations épidémiologiques des facteurs de risque contribuant à l’IRC canine et féline ». Pour ce faire, les auteurs de cette étude ont fait la chose suivante : observer les teneurs en phosphore et protéines des régimes alimentaires de chiens et de chats en bonne santé (groupes contrôles) et de chiens et de chats atteints d’IRC. Pour ce qui est des groupes de chiens (groupe contrôle et groupe d’atteints d’IRC) :

« Entre les groupes, il n’y avait aucune différence concernant la quantité de phosphore et protéines ingérée » Böswald LF, Kienzle E, Dobenecker B (2018)

Autrement dit, selon cette étude, il n’y a aucun lien entre la consommation de phosphore et de protéines et l’IRC chez le chien.

En revanche pour ce qui est des chats, l’étude nous dit la chose suivante :

« Les chats atteints d’IRC ont montré une consommation pré-diagnostique de protéines et de phosphore significativement supérieure à celle des chats du groupe contrôle. » Böswald LF, Kienzle E, Dobenecker B (2018)

Autrement dit, il y aurait un lien entre la consommation de phosphore et de protéines et l’IRC chez le chat. Le problème c’est que les données de cette étude de type « associative » ne peuvent pas nous dire si le lien est seulement avec la protéine, avec le phosphore, ou encore avec les deux. Cependant, l’étude nous dit la chose suivante :

« Clairement, un lien de causalité entre l’apport en protéines et l’insuffisance rénale n’est pas probable, car la consommation élevée de protéines a été exclue des facteurs de risque de déclin de fonction rénale en médecine humaine (Knight et al. 2003; Martin et al. 2005, Halbesma et al. 2009) et aussi chez les chats (Hughes et al. 2002). » Böswald LF, Kienzle E, Dobenecker B (2018)

L’étude conclut donc en s’orientant plus sur un lien entre l’IRC chez le chat et la consommation de phosphore. Seulement, le format de cette étude de type « associatif » ne permet malheureusement pas d’établir, ou non, un lien de causalité. En effet sur des études « associatives », il est possible d’éliminer tous liens de causalité si aucun lien n’est montré statistiquement (comme pour les chiens). En revanche, s’il y a un lien statistique, il est impossible de déterminer si le lien est réellement la cause. Statistiquement, les pompiers sont quasiment toujours présents sur les lieux d’incendies. Et il y a bien un lien entre les pompiers et les incendies. Mais est-ce que pour autant les pompiers sont la cause des incendies ? Bien sûr que non.

Un autre point très justement souligné par l’étude est que l’origine du phosphore n’est pas négligeable :

« Dans les régimes (des chats et des chiens), le phosphore peut-être en partie de sources inorganiques rajoutées pour des raisons techniques. Cela fait très certainement une différence sur la réponse métabolique à la consommation élevée de phosphore alimentaire et le niveau sanguin de phosphore et parathormone (PTH) (Siedler and Dobenecker 2016). Les additifs de « Phosphate » utilisés dans les aliments très transformés contribuent au haut niveau de consommation globale de phosphore des régimes alimentaire et sont supposés nuisibles à la santé des reins (Razzaque, 2011; Ritz et al., 2012; Siedler & Dobenecker, 2016; Takeda et al., 2017). »

Autrement dit, la provenance des minéraux utilisés n’est pas à prendre à la légère. C’est exactement ce que nous expliquons dans notre article suivant : Le taux de cendres (minéraux) dans les croquettes

Selon nous, il est tout simplement nécessaire de ne pas dépasser les doses de minéraux (phosphore et calcium entre autres) consommés naturellement par des chats et de faire très attention à la provenance des minéraux. La preuve en est que notre stratégie est bonne puisque sur plusieurs chats atteint d’IRC supérieur au niveau 3, nous avons pu améliorer les symptômes cliniques d’urémie en passant sur notre alimentation alors que ces chats étaient nourris avec une formulation « rénale ».

Les vraies causes de l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez le chien et le chat :

Même s’il faut admettre que tout n’est pas encore connu sur l’insuffisance rénale chronique (IRC), on en connait très largement les causes principales.

Illustration du système sanguin rénale

De façon simplifiée, l’insuffisance rénale chronique (IRC) et très largement causée par la dégradation des vaisseaux sanguins dans les reins. Par conséquent, toutes les conditions amenant à la dégradation des artères et des veines sont potentiellement des causes d’insuffisance rénale chronique (IRC). Il y a en fait deux conditions qui sont particulièrement dommageables pour les vaisseaux sanguins :

  • L’hyperglycémie
  • L’hypertension artérielle

Les sujets les plus touchés par l’hyperglycémie sont les diabétiques.

Appareil de mesure du diabètes

C’est pour cela qu’il y a une très forte relation entre le diabète de type 2 et l’insuffisance rénale chronique (IRC). L’étude « Chronic kidney disease: global dimension and perspectives » nous dit clairement la chose suivante sur l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez l’Homme :

« Dans le monde, le diabète de type de 2 est la cause la plus fréquente d’insuffisance rénale chronique »

Cette étude estime que 8 à 16% de la population humaine mondiale est atteinte d’insuffisance rénale chronique (IRC). Par comparaison, selon l’étude « Chronic kidney disease in US adults with type 2 diabetes: an updated national estimate of prevalence based on Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) staging » 43,5% de la population diabétique de type 2 des États-Unis est atteinte d’insuffisance rénale chronique (IRC).

Photo tensiomètre

L’hypertension artérielle est considérée comme la seconde cause principale d’insuffisance rénale chronique (William F Martin et al.). L’hypertension est approximativement responsable de 30% des cas d’insuffisance rénale chronique (IRC) chez l’Homme au Etats Unis (Palmer BF, 2004). L’étude “Effect of blood pressure on early decline in kidney function among hypertensive men.” de Vupputuri S et al. de 2003 rapporte :

« Notre étude a trouvé que les hauts niveaux de tension artérielle sont positivement et de façon significative liés à un déclin prématuré des fonctions rénales chez les hommes hypertendus. Ces résultats indiquent qu’un meilleur contrôle de la tension artérielle peut prévenir l’apparition d’insuffisance rénale chez les hypertendus. » Vupputuri S et al, 2003.

Alors bien sûr, toutes les insuffisances ne sont pas causées par des hyperglycémies ou de l’hypertension artérielle. Cependant, elles en sont la cause principale.

L’inflammation rénale chronique est aussi un facteur non négligeable. Chez les chats âgés atteints d’insuffisance rénale chronique (IRC), l’étude « Renal fibrosis in feline chronic kidney disease: Known mediators and mechanisms of injury » de J. Lawson et al constate une forte présence de fibrose rénale. La fibrose rénale est une accumulation excessive de matrice extracellulaire. Elle est considérée comme étant une des lésions rénales la plus symptomatique de l’insuffisance rénale chronique (IRC). Or l’étude « Role of immunocompetent cells in nonimmune renal diseases » nous dit que :

« Quelle que soit la cause initiale, l’inflammation rénale chronique est considérée comme jouant un rôle critique sur la pathophysiologie de l’insuffisance rénale chronique et la perpétuation de la fibrose rénale. » Rodriguez-Iturbe and Garcia Garcia, 2010.

Comment protéger mon chien et mon chat de l’insuffisance rénale chronique (IRC) ?

On le sait, les principales causes d’insuffisance rénale chronique (IRC) sont l’hyperglycémie, l’hypertension artérielle, et (dans une moindre mesure) l’inflammation rénale chronique.

Afin de protéger les chiens et les chats de l’insuffisance rénale chronique (IRC), il faut donc se pencher sur les causes de l’hyperglycémie, l’hypertension artérielle, et de l’inflammation rénale chronique.

La pomme de terre est une source de glucides avec un index glycémique de 70 ; le tapioca 85.

L’hyperglycémie est directement liée au taux de glucides et à l’index glycémique des sources de glucides utilisées dans l’alimentation.

Pour l’hypertension, la cause est moins facilement indentifiable. En réalité, l’hypertension artérielle est indirectement liée, encore une fois, au taux de glucides et à l’index glycémique des sources de glucides utilisés dans l’alimentation. En effet les Dr Marayanne Demasi, le professeur Robert H Lustig, et le cardiologue Dr Aseem Malhotra rapportent que :

« La résistance à l’insuline joue un rôle primaire et causatif dans la pathogénèse de l’hypertension, de la stéatose hépatique, et du diabète de type 2. » Maryanne Demasi, Robert H Lustig, Aseem Malhotra, 14 juillet 2017.

Or, la résistance à l’insuline est causée à long terme par une trop grosse consommation de glucides et particulièrement ceux à fort index glycémique.

Une consommation excessive de glucides provoque à long terme des problèmes d'hypertension artérielle

C’est pour cela que vous retrouvez l’hypertension artérielle comme symptôme dans notre article sur les glucides.

Vous remarquerez aussi, dans cette liste, la présence de la mention « Inflammation chronique ». Récemment, beaucoup de scientifiques émettent l’hypothèse que l’inflammation chronique est causée par la combustion excessive du glucose par les cellules du corps. Cette hypothèse est de plus en plus mise en avant. En effet de plus en plus d’études montrent les effets anti-inflammatoires des régimes cétogènes (« Ketogenic Diets and Pain » Susan A. Masino, Ph.D. and David N. Ruskin, Ph.D, 2013). Le principe de ces régimes étant de limiter l’apport en glucides pour que le corps utilise non pas du glucose comme « carburant » mais des cops cétoniques (cétones). Ces corps cétoniques sont produits à partir de gras par le foie. Autrement dit, les régimes cétogènes sont des régimes alimentaires qui permettent (grâce à la limitation des apports en glucides) d’utiliser le gras comme source principale de « carburant » à la place du glucose.

L’inflammation globale chronique pouvant potentiellement jouer sur toutes les parties du corps, elle peut donc jouer un rôle prépondérant dans l’inflammation rénale chronique. D’où, encore une fois, le rôle non négligeable des glucides.

Vous l’aurez donc compris, limiter les apports en glucides et plus particulièrement ceux avec un index glycémique élevé est fondamental dans la prévention de l’insuffisance rénale.

Pour plus d’information sur les glucides, vous pouvez lire notre article suivant : Les glucides dans les croquettes pour chiens et chats

Le traitement de l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez le chien ou le chat :

Malheureusement les traitements actuels sont inefficaces et peuvent même contribuer à l’aggravation de l’état. En effet la plupart du temps, le traitement est de passer sur une alimentation qui est censée générer moins de déchets sanguins. L’idée n’est donc pas d’améliorer le fonctionnement des reins, mais qu’ils aient moins à filtrer/évacuer. Dans ce cas-là, des analyses des taux de créatinine, d’inuline, ou d’acide aminohippurique (PAH) montrant des résultats meilleurs n’ont absolument rien à voir avec une amélioration du fonctionnement des reins. On gère alors seulement les symptômes qui sont effectivement problématiques mais aucunement la cause.

Les traitements actuels sont d’ailleurs tellement inefficaces que dans la publication « Chronic Kidney Disease in Dogs and Cats » le Dr Joseph W. Bartges nous dit que :

« L’insuffisance rénale chronique (IRC) implique une perte de fonction rénale et/ou structure rénale irréversible qui reste stable pour une période mais qui finit par progresser. » Joseph W. Bartges

En réalité l’intérêt de baisser les apports de protéines alimentaires n’est pas de jouer sur le taux de créatinine mais sur l’urémie (présence d’urée dans le sang).

En effet, L’association IRIS (International Renal Interest Society) rapporte :

« Il est connu depuis plus d’un siècle que réduire les apports en protéines a pour effet de réduire les signes cliniques d’urémie. La plupart des signes d’urémie sont causés, en partie, par une accumulation de métabolites qui sont excrétés par les reins. Même si réduire la protéine ingérée pour améliorer les signes cliniques d’urémie a été la pratique standard pendant des décennies, la décision sur le moment d’introduire cette réduction en protéines devrait être reportée à l’apparition de signes cliniques d’urémie. »

C’est pour cela que l’association IRIS recommande l’utilisation d’une alimentation « rénale » pour les insuffisances rénales chroniques (IRC) au moment où les signes cliniques d’urémie apparaissent (niveau 3 et supérieurs).

Pas de signes cliniques d’urémie = Pas de nourriture « rénale » pour le traitement de l'insuffisance rénale

Les signes cliniques de l’urémie sont les suivants :

  • Manque d’énergie
  • Somnolence
  • Maux de tête
  • Anorexie
  • Manque d’urine (oligurie)

Dans les cas très avancés d’urémie, on peut avoir les symptômes suivants :

  • Haleine urineuse,
  • Hyperventilation
  • Nausées et vomissements
  • Diarrhée
  • Grattages
  • Crises convulsives
  • Troubles visuels
  • Coma urémique

Or, beaucoup de chats et de chiens sont malheureusement, systématiquement passés sur des croquettes rénales sans avoir aucun de ces signes cliniques d’urémie.

Les croquettes « riches » en protéines et les chiens et les chats atteints d’insuffisance rénale chronique (IRC)  :

Bien souvent l’alimentation censée traiter l’insuffisance rénale chronique (IRC) contient moins de viandes et plus de glucides. En effet, selon certains il est indispensable de baisser la quantité de viande (protéines) pour que les reins aient notamment moins de créatinine à filtrer. Cependant, l’association IRIS pointe le coté de plus en plus controversé de l’utilisation de l’alimentation « rénale ». Elle souligne que certains vétérinaires préconisent un régime haut en protéines pour les chats atteints d’insuffisance rénale chronique (IRC).  En effet, ces vétérinaires considèrent que les risques liés à la déficience en protéines sont plus dangereux que les conséquences cliniques de l’insuffisance rénale chronique (IRC).

La première chose à souligner quant au taux de protéines, c’est qu’un taux de protéines bas ne veut pas forcément dire que la quantité de protéines ingérées par le chien ou le chat sera basse. En effet nous avons déjà expliqué que les fortes teneurs en glucides nécessaires à la diminution des taux de protéines, peuvent engendrer de très grosses surconsommations alimentaires (voir : La régulation de la faim chez le chien et le chat). Or si un chat ou chien mange 2 fois plus d’un aliment avec un taux de protéines 2 fois inférieur, au final il ingèrera la même quantité de protéines mais avec beaucoup plus de glucides qui contribueront malheureusement à la baisse des fonctions rénales.

La vraie question cependant est la suivante : quand l’association IRIS (International Renal Interest Society) rapporte :

« il est connu depuis plus d’un siècle que réduire les apports en protéines a pour effet de réduire les signes cliniques d’urémie »

Ou encore quand  William F Martin et al. disent :

« la restriction en protéines peut être appropriée pour le traitement d’une insuffisance rénale chronique existante »

Est-ce réellement le cas ? Au regard des études disponibles sur le sujet, pas vraiment…

L’étude de Robertson et al. (précédemment mentionnée) ne montre aucune différence de taux de créatinine plasmatique entre les différentes teneurs de l’alimentation. Les valeurs moyennes mesurées pendant les 4 ans de l’expérience étaient les suivantes :

  • Créatinine plasmatique avec le régime à 56% de protéines : 0,9 ± 0,03 mg/dl
  • Créatinine plasmatique avec le régime à 27% de protéines : 0,8 ± 0,04 mg/dl
  • Créatinine plasmatique avec le régime à 19% de protéines : 0,9 ± 0,03 mg/dl

Par contre les valeurs moyennes de clairance de créatinine (Ccr) mesurées pendant les 4 ans de l’expérience étaient les suivantes :

  • Ccr avec le régime à 56% de protéines : 30,6 ± 1,4 ml/min/m2
  • Ccr avec le régime à 27% de protéines : 31,7 ± 1,6 ml/min/m2
  • Ccr avec le régime à 19% de protéines : 23,1 ± 1,2 ml/min/m2

Ces résultats de clairance de créatinine nous montrent clairement que la fonction rénale des chiens nourris avec les régimes les plus hauts en protéines était supérieure à celle des chiens nourris avec le régime le plus bas en protéines. Ceci sur des chiens ayant subi une ablation des reins de 75%.

D’après cette étude, un régime haut en protéines ne poserait pas de problème pour des chiens ayant seulement 25% de leurs reins restants.

De plus, d’autres études montrent que même chez l’homme, une restriction en protéines n’est pas forcement bénéfique pour les individus atteints d’IRC :

« Le régime alimentaire aurait un effet sélectif sur la vitesse de progression de insuffisance rénale : seuls les patients atteints de néphropathies glomérulaires ont répondu de façon positive au régime alimentaire (faible en protéines)…Les patients femmes (patientes) n’ont pas du tout profité des manipulations du régime alimentaire »

Or les chez les Hommes, les néphropathies glomérulaires représentent seulement 7% des cas d’insuffisance rénale chronique. Or même dans les 7% des cas d’insuffisance rénale chronique causés par des néphropathies glomérulaires, seuls les hommes (pas les femmes) peuvent potentiellement profiter d’une réduction de protéines et espérer une amélioration, d’au mieux 3%.

« La vitesse de la baisse de clairance de créatinine n’est pas significativement différente entre les groupes »

Autrement dit, la restriction en protéines/phosphore n’a eu aucun effet.

« Les résultats offrent peu, voire aucun, support à l’hypothèse que la restriction en protéines retarde la progression de l’IRC »

« l’absence de différence significative entre les groupes des différents régimes alimentaires »

Ces résultats remettent donc en question les méthodes actuelles de traitement de l’insuffisance rénale chronique (IRC) consistant à réduire les quantités de protéines alimentaires des chiens et des chats.

Conclusion sur l’insuffisance rénale chronique (IRC) chez le chien et le chat :

L’insuffisance rénale chronique (IRC) est très souvent asymptomatique. Seules des analyses peuvent vraiment confirmer ou non l’insuffisance rénale. On dit que l’insuffisance rénale est chronique quand elle est présente sur une période d’au moins 3 mois.

L’insuffisance rénale chronique (IRC) est largement causée par les hyperglycémies répétées et la hausse de la tension artérielle. Or ces 2 conditions sont la résultante d’un excès de glucides alimentaires.

Les « forts » taux de protéines ne sont en aucun cas responsables de l’apparition d’insuffisance rénale chronique (IRC).

Le fait qu’une croquette soit déshydratée n’est pas la cause de l’insuffisance rénale chronique (IRC). C’est la teneur en glucides qui en est la cause. Si l’utilisation d’alimentation humide a pu être associée à la prévention de l’insuffisance rénale chronique (IRC), c’est peut-être tout simplement qu’historiquement l’alimentation humide avait très souvent moins de glucides que les croquettes.

Pour prévenir les risques d’insuffisance rénale chronique (IRC), il faut par conséquent faire en sorte que l’alimentation impacte le moins possible la glycémie. Cela passe par un faible taux de glucides mais aussi par l’élimination des sources de glucides à fort index glycémique (ex : pomme de terre, tapioca).

Si votre chien ou votre chat est atteint d’insuffisance rénale chronique (IRC), il n’est aucunement nécessaire de changer son alimentation pour une alimentation « rénale » s’il ne présente aucun signe clinique d’urémie avéré. Si votre chien ou votre chat présente malheureusement des signes cliniques d’urémie, alors une alimentation « rénale » peut, selon l’association IRIS, mieux gérer les symptômes d’urémie. Cependant certains vétérinaires considèrent que les risques liés à la déficience en protéines sont plus dangereux que les conséquences cliniques de l’insuffisance rénale chronique (IRC). De plus, de nombreuses études scientifiques montrent que la restriction en protéines n’a strictement aucun effet positif sur l’insuffisance rénale chronique. 

Pierre Maupilier

Copyright octobre 2017

Mis à jour le 06/07/2018.

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