Le surpoids est devenu le problème de santé de ces derniers temps que ce soit chez les Hommes, les chiens ou les chats. Malheureusement le surpoids devenant de plus en plus courant, nous sommes forcés de constater que les stratégies mises en œuvre par les nutritionnistes ne fonctionnent pas puisque l’obésité continue toujours de progresser.

Le but de cet article est de vous expliquer, de façon simple et schématisée, quelles croquettes sont les plus adaptées pour lutter contre le surpoids des chiens et des chats.

Les hypothèses de la cause du surpoids chez les chiens et les chats :

Tout comme chez les hommes, il y a deux hypothèses quant à la cause du surpoids chez les chiens et les chats :

  1. L’hypothèse de la balance énergétique
  2. L’hypothèse hormonale

L’hypothèse de la balance énergétique du surpoids :

Tout le monde aujourd’hui a entendu parler de l’hypothèse de la balance énergétique puisqu’il s’agit de la fameuse théorie des calories.

Calories ingérées > calories brulées = prise de gras

 

C’est cette hypothèse qui fait, notamment, que beaucoup de propriétaires se focalisent sur les calories d’une croquette. Cette hypothèse dit simplement qu’un individu est ou devient en surpoids quand il absorbe plus de calories qu’il n’en brûle. C’est pour cela que les nutritionnistes conseillent de faire plus d’activité physique et/ou diminuer la quantité de calories consommées. Et c’est pour cela que les vétérinaires conseillent de donner une croquette faible en calories dite hypocalorique. Au passage, il n’y a pas besoin de donner une croquette hypocalorique à un chien ou un chat pour qu’il consomme moins de calories. Pour cela, il suffit de réduire la ration alimentaire…

Malheureusement, cette hypothèse fondée sur les calories, aussi logique soit elle, pose plusieurs problèmes :

  1. Elle part du principe que la nature est mal faite. Car si trop de calories sont ingérées par rapport aux calories brûlées, cela veut dire que la régulation de la faim est défaillante. En clair, cela voudrait dire que la faim est trop présente et fait surconsommer les calories par rapport aux dépenses caloriques. Pour plus d’informations sur la faim, nous vous invitons à lire notre article suivant : La régulation de la faim chez le chien et le chat.
  2. L’augmentation des calories brûlées engendre une augmentation des calories ingérées. Autrement dit, les Hommes, les chiens et les chats veulent manger plus quand ils font plus de sport. Or cela empêche d’avoir un déficit calorique et donc de brûler plus de calories qu’ingérées. C’est pour cela qu’il existe des individus très sportifs en surpoids. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des sportifs professionnels en surpoids.
  3. Il existe des individus en surpoids et en état de sous-nutrition (ingérant trop peu de calories) qui ne maigrissent pas. Certains même continuent de prendre du poids.
    Photo d’une Pima, se prénommant « Louisa », en surpoids malgré une grande activité physique, et une pauvreté extrême. (Crédit photo : The Pima Indians, Frank Russell, page 67. Copyright 1908.)

    Chez les Hommes, cela a été documenté de nombreuses fois par des scientifiques, notamment chez les Pimas à partir de 1850, chez les Napolitains en 1951, chez les Sud-Africains en 1960, chez les Nigérians en 1970, chez les Jamaïcains en 1974…etc.

  4. Elle part du principe que les calories provenant de protéines, lipides ou glucides ont toutes les trois les mêmes impacts sur l’organisme mais cela est faux. Par exemple, une calorie de lipides n’engendrera quasi-pas de production hormonale d’insuline contrairement à une calorie de glucides.
    Exemple de test de Kraft : Courbes de l’hormone insuline après ingestion de glucose (glucides)

    Cela s’observe très bien lors d’un test de Kraft qui est comparable à un test de tolérance au glucose avec relevé d’insuline. Cela se traduit par le fait qu’à calories équivalentes, les glucides font beaucoup plus grossir que les lipides et les protéines.

    Damon Gameau avant (à gauche) avec un régime faible en glucides a 2300 calories par jour, et après 60 jours (à droite) du régime standard Australien plus élevé en glucides, aussi à 2300 calories par jour.

    C’est ce qu’a montré Damon Gameau dans le documentaire « Sugarland » où il est passé d’un régime faible en glucides au régime Australien standard plus élevé en glucides provenant de sources comme les céréales, yaourts 0% de gras, milk-shakes 0% de gras, jus de fruits…etc. Avec ces deux régimes, Damon consommait le même nombre de calories par jour. Mais après seulement 60 jours sur le régime plus élevé en glucides, Damon a pris 10 cm de tour de taille et 8,5 kg sans avoir changé le nombre de calories consommées par jour.

  5. Il existe chez les Hommes, des individus en surpoids sur le bas de corps et en sous poids sur le haut du corps. C’est le cas des personnes souffrant de « lipodystrophie progressive ».
    Cas de « lipodystrophie progressive » (crédit photo : Obesity and Leanness, Hugo R. Rony, page 71. Copyright 1940.)

    Ces personnes gagnent du poids sur le bas du corps et perdent du poids sur le haut du corps simultanément. Or si l’hypothèse de la balance énergétique est correcte, cela voudrait dire que ces individus perdent du gras sur le haut du corps à cause d’un déficit de calories mais qu’en même temps ils prennent du gras sur le bas du corps à cause d’un excédent de calories…Cela montre bien que le problème est plus complexe qu’un simple ratio (rapport) quantité de calories ingérées/quantité de calories brûlées.

  6. Certains changements d’un organisme provoquent une prise de poids sans aucune variation alimentaire ou d’activité physique. C’est notamment le cas chez les Hommes lors de la puberté, de l’utilisation de pilule contraceptive, ou encore lors de la ménopause. Chez les chiens et les chats, c’est principalement le cas lors de la stérilisation. Pour plus d’informations sur la stérilisation, nous vous invitons à lire notre article suivant : Impact nutritionnel de la stérilisation

 

L’hypothèse hormonale du surpoids

L’autre hypothèse est que le surpoids n’est pas causé par un problème d’équilibre énergétique entre les calories ingérées et les calories brûlées, mais par un problème hormonal :

 

Sur le schéma ci-dessus, par « mauvaises calories ingérées » nous voulons en réalité dire « les calories influant sur la glycémie (taux de glucose) », qui sont en réalité les calories de glucides. Cela tout simplement car une montée de la glycémie engendre la production d’insuline (hormone) par le pancréas. Or l’insuline est connue des endocrinologues (spécialistes des hormones) comme étant « l’hormone du gras ». L’insuline a pour but principal de baisser la glycémie (taux de glucose sanguin) quand celle-ci est trop haute. L’insuline fait cela en changeant le métabolisme de l’organisme. Ces changements métaboliques ont malheureusement pour effet de faire prendre du gras en plus d’augmenter la sensation de faim (voir : La régulation de la faim chez le chien et le chat) et la fatigue. L’insuline empêche notamment l’organisme de consommer des calories autres que celles provenant des glucides (le glucose). Cela permet à l’organisme d’utiliser comme source d’énergie, uniquement le glucose pour en brûler plus et donc faire descendre la glycémie. Les calories provenant de lipides (gras) sont donc non utilisées et stockées. Puisque l’organisme ne peut pas brûler une quantité infinie de glucose, le surplus est lui aussi stocké dans les cellules adipeuses après avoir été transformé en gras.L’insuline fait cela en jouant sur une enzyme qui s’appelle la lipoprotéine lipase (LPL).

Masses graisseuses sur les cuisses liées aux injections répétées d’insuline (Crédit photo : Endocrinology: An Integrated Approach, Stephen Nussey and Saffron Whitehead, page 31. Copyright 2001)

L’action de la LPL provoquée par l’insuline se voit très bien sur la photo ci-dessus montrant un individu diabétique de type 1 s’injectant de l’insuline via le haut des cuisses. Ces injections répétées d’insuline ont provoqué chez cet individu, une formation de masses graisseuses à l’endroit des injections.

Dans la même logique de forcer l’organisme à brûler uniquement du glucose, l’insuline a aussi pour effet d’empêcher la décomposition du gras, emprisonnant ainsi le gras déjà présent dans les cellules adipeuses. Vous comprendrez donc pourquoi les stratégies métaboliques de l’insuline pour faire baisser la glycémie ont pour effet de faire prendre du gras. Or le problème, c’est que plus un individu consomme de glucides, plus il va, au fur et à mesure du temps, sécréter d’insuline. C’est ce que l’on appelle la résistance à l’insuline ou »insulinorésistance ». Malheureusement, puisque l’insulinorésistance  fait que l’organisme sécrète de plus en plus d’insuline, l’organisme prend de plus en plus de gras. C’est pour cela que les individus diabétiques de type 2 (ayant beaucoup d’insuline) sont quasiment tous en surpoids.

Jeune fille diabétique de type 1 avant et 4 mois après le début des injections d’insuline
Garçon diabétique de type 1 avant et un mois après le début des injections d’insuline

C’est aussi pour cela que les individus souffrant de diabète de type 1 (qui ne produisent pas d’insuline) deviennent extrêmement maigres très rapidement, perdent leur appétit s’ils ne sont pas traités. Les propriétaires de chiens ou chats ayant été diagnostiqués diabétiques à la suite d’un amaigrissement soudain et d’un manque d’appétit, le confirmeront. Dans ces cas-la, dès les premières injections d’insuline, les chiens et les chats reprennent rapidement du poids et retrouvent rapidement l’appétit.

On arrive donc à la chose suivante :

 

Vous comprenez pourquoi il est très compliqué de vouloir créer un déficit calorique sur un individu qui, du fait de son régime alimentaire, a très faim et est en plus fatigué. Hélas, pour un chien ou un chat en surpoids, la plupart du temps, le vétérinaire conseillera une croquette hypocalorique et de faire faire plus d’activité physique alors que le chien ou le chat en surpoids ressent de la fatigue et l’envie de manger souvent…C’est la raison pour laquelle se focaliser sur les calories sans prendre en compte leur impact hormonal, ne règle pas à long terme les problèmes de surpoids.

Il faut savoir que parmi les macro-nutriments (glucides, lipides, protéines), les glucides sont les moins caloriques et les lipides les plus caloriques. C’est pour cela que les croquettes hypocaloriques contiennent beaucoup de glucides et peu de lipides. Il est vrai qu’à court terme ces croquettes arrivent régulièrement à faire maigrir des chiens et des chats.

 

Tout simplement parce que même si l’insuline fait stocker les calories, l’organisme a alors très peu de calories à stocker du fait de la faible quantité de calories ingérées. En revanche, avec ce type de croquette, les chiens et les chats ont tendance à avoir extrêmement faim et sans restriction alimentaire des maîtres, ils n’arriveraient pas à perdre du poids. Dans le même cas, un Homme en surpoids ne tiendrait pas et mangerait trop pour perdre du poids.

Il faut préciser que certains chiens et chats ne prennent pas forcément de poids avec une croquette riche en glucides et cela pour 2 principales raisons :

  1. Ils sont naturellement plus sensibles à l’insuline. Par conséquent, ils produisent moins d’insuline qu’un individu moins sensible pour la même quantité de glucides ingérés.
  2. Ils sont naturellement plus efficaces que la normale à utiliser le glucose comme source d’énergie. Par conséquent, les glucides leur donnent beaucoup d’énergie (parfois trop) et ont tendance à l’hyperactivité à l’inverse des individus qui eux prennent du poids à cause des glucides et qui ont donc peu d’énergie.

Attention cependant, la prise de poids liée à une surconsommation de glucides intervient souvent au fur et à mesure des années. Il n’est pas rare qu’un jeune chien ou chat qui ne prenait pas de poids avec une croquette riche en glucides, en prenne petit à petit au fur et à mesure des années qui passent. C’est exactement pour cela que le surpoids augmente avec l’âge.

Les croquettes pour prévenir/traiter le surpoids des chiens et des chats :

Vous l’avez compris, les croquettes hypocaloriques ne sont pas la solution pour traiter et prévenir les problèmes de surpoids chez les chiens et les chats. La solution est plutôt la suivante :

C’est pour cela qu’une croquette faible en glucides, non-hypocalorique, avec une quantité non-faible de lipides (gras) est la solution idéale pour prévenir le surpoids chez les chiens et les chats. C’est exactement la caractéristique du régime naturel des chiens et des chats en tant que carnivore. Avec ce type de croquette plutôt calorique, les chiens et les chats ne consomment pas forcément beaucoup de calories car ils en mangent moins grâce à une meilleure régulation de la faim. Avec ce type de régime les « bonnes calories » ingérées apportent de la satiété. C’est pour cela qu’à partir du moment où une croquette est faible en glucides, celle-ci ne fait pas grossir même si elle est « calorique ». Attention cependant, la pire croquette serait par contre une croquette riche en glucides et riche en lipides (gras).

Dans ce cas, les glucides provoqueraient le métabolisme de stockage du gras et les lipides apporteraient les calories en quantité qui seront stockées. Pire encore, sur ce type de croquette, les lipides n’apportent pas de satiété car ils sont stockés sans possibilité d’être utilisés par l’organisme. Attention donc aux croquettes moyennement réduites en glucides et avec un taux de matières grasses brutes plus élevé qu’une croquette riche en glucides.

Conclusion sur les croquettes pour les chiens et les chats en surpoids :

Le surpoids n’est pas causé par une croquette trop calorique, mais par une croquette trop riche en glucides. Sur le plan du surpoids, une croquette hypocalorique riche en glucides va :

  • Créer les conditions de stockage du gras.
  • Augmenter la faim.
  • Augmenter la fatigue.
  • Pas forcément permettre une perte de poids et pouvoir même, en fonction de l’individu, créer/augmenter le surpoids.
  • Favoriser la sédentarité.

Alors qu’une croquette faible en glucides va :

  • Prévenir une prise de poids sur le long terme y compris pour les individus stérilisés.
  • Faire maigrir naturellement un individu en surpoids sans sensation de faim excessive.
  • Naturellement réguler la prise calorique en favorisant une sensation de faim adéquate.
  • Favoriser l’activité physique.

C’est pourquoi il est inutile de se préoccuper des calories d’une croquette pour chien ou chat dès lors que le taux de glucides est faible.

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